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Voyage Equateur

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Les clés du passé

Conquis par les Incas, passé sous le joug de la colonisation espagnole puis rattaché à la Grande-Colombie, l'Equateur a connu une histoire agitée. L'indépendance de 1830 suscita de grands espoirs qui s'avérèrent sans lendemain, le pays connaissant depuis une instabilité politique chronique.

Les premières civilisations

Les premiers habitants du pays furent des chasseurs et des pêcheurs. Leur façon de vivre se modifia graduellement avec le développement de l'agriculture (maïs et manioc). Dès lors, les premières implantations sédentaires firent leur apparition, dont une partie sur le littoral du Pacifique. On y a retrouvé des traces de céramiques et d'habitations qui dateraient de la période allant de 3500 à 1500 av. J.-C. On parle alors de culture de Valdivia, tirée du nom d'un des premiers villages ayant existé. Les historiens pensent que cette culture est le fruit des rencontres avec les peuples d'Amazonie.

L'Empire inca

L'Empire inca existait déjà au sud du Pérou depuis le XIe siècle mais ce n'est qu'à partir du milieu du XVe siècle que les Incas pénètrent en Equateur et conquièrent les hauts plateaux du pays, avec à leur tête l'empereur Túpac Yupanqui. Cette région regroupait déjà de petits royaumes, dont les plus importants étaient ceux des Quiucaras, au nord, et des Cañaris, au sud. Ces derniers résistèrent longtemps à l'invasion avant de finalement signer une paix avec les Incas vers 1470. Huayna Cápac, fils de Túpac et onzième empereur de la dynastie, va s'employer pendant 17 ans à conquérir la totalité du pays. Il finit par vaincre les Quiucaras et fonde en 1492 la ville de Quito. Il en fait la deuxième capitale du royaume après Cuzco, au Pérou. Pour unifier cet immense empire, Huayna Cápac impose la langue quechua, qui continue d'être usitée de nos jours, et fait construire une voie entre les deux villes. A sa mort, l'empire est dirigé par ses deux fils, Huascar à Cuzco et Atahualpa à Quito. Les deux frères se lancent alors dans une lutte sans merci. Huascar est assassiné et son frère nommé empereur en 1532. Cajamarca, dans le nord du Pérou, devient alors la capitale de l'empire.

La conquête espagnole et le joug colonial

Cette même année, les Espagnols, menés par Francisco Pizarro, débarquent sur les côtes équatoriennes, ralliant dans la foulée Cajamarca. Le conquistador y fait prisonnier Atahualpa avant de l'exécuter en 1533. Le royaume de Quito tombe entre ses mains tandis qu'un de ses lieutenants prend possession de la ville en 1534. S'ensuivent de terribles exactions contre les populations indiennes. Très vite les survivants doivent obéir au système de la encomienda, mise en place par les colons. Ce système féodal place les Indiens sous la coupe d'un propriétaire terrien à qui ils doivent fournir leur labeur, en échange d'un lopin de terre inexploitable sur lequel ils vivront. Les Indiens tombent ainsi en esclavage, tout du moins pour ceux qui survivent aux maladies apportées par les colons. Dès 1542, le roi Charles Quint impose les Lois nouvelles, supposées supprimer progressivement la encomienda. A la mort du propriétaire, les Indiens passent alors sous l'administration de la Couronne d'Espagne. En 1563, l'Audience royale est créée et la Couronne instaure des vice-royautés afin de mieux administrer ses possessions coloniales. Quito dépendra de la vice-royauté du Pérou. Mais les décisions prises par ces gouvernements autonomes passent de moins en moins bien auprès des colons qui les contestent. Ces mouvements sont régulièrement réprimés.
A la suite de la récession économique du début du XVIIIe siècle, les Espagnols commencent à prendre possession des parcelles de terre restées entre les mains des Indiens puis les transforment en grandes propriétés privées appelées haciendas. Les Indiens n'ont alors pas d'autre choix que de se mettre au service des propriétaires, comme au temps de la encomienda. Dès lors, une lutte organisée des populations indiennes commence à voir le jour. A la même époque, la décadence de l'Empire espagnol, affaibli par des pertes de territoires ou des guerres, s'accélère. La fin de plus de 500 ans de colonisation semble proche.

La trahison de Cajamarca

A la fin de 1532, Pizarro demande à rencontrer l'empereur inca Atahualpa lors d'un sommet dont l'objet serait une négociation entre les deux parties. Mais quand Atahualpa et ses gardes arrivent à Cajamarca le 16 novembre, les conquistadors de Pizarro capturent l'empereur et massacrent tous ceux qui l'accompagnent. Atahualpa est fait prisonnier tandis qu'une rançon colossale à base d'or, d'argent et de pierres précieuses est requise pour sa libération. Une fois la rançon réglée, au lieu de libérer Atahualpa, Pizarro le fait juger pour inceste, bigamie, adoration de faux dieux et crimes contre le roi d'Espagne ! Il est exécuté le 29 août 1533, ce qui met un terme à l'Empire inca.

L'indépendance

L'indépendance de l'Equateur est venue en plusieurs étapes. En 1809, profitant du chaos qui règne en Espagne après l'invasion de Napoléon, plusieurs membres de l'élite de Quito forment une junte souveraine et déclarent l'indépendance. La junte ne dure que 3 mois avant que ses membres ne soient arrêtés par les troupes royalistes. Un an plus tard, les royalistes exécutent les prisonniers, ce qui entraîne un nouveau soulèvement et la formation d'une junte qui dirige Quito pendant deux ans avant d'être brisée par l'armée. Cette défaite annihile toute nouvelle velléité de soulèvement. Le 24 mai 1822, un nouveau pas vers l'indépendance est franchi, à la suite de la bataille du Pichincha. Les forces royalistes y sont défaites par celles du général Antonio José de Sucre, bras droit de Simón Bolívar, qui s'emparent de Quito. Lors des 8 années qui suivront, l'Equateur fera partie intégrante de la Grande-Colombie, qui incluait également le Panamá, le Venezuela et la Colombie. Querelles et séparatismes auront raison du rêve d'unification. Dès 1830, la Grande-Colombie s'écroule avec le départ du Venezuela. L'Equateur suit. Le 23 septembre 1830, la première Constitution de l'Equateur voit le jour, marquant officiellement la naissance du nouvel Etat.

Une période instable

Pour autant, dans l'Equateur indépendant, rien n'a vraiment changé. Le système économique et social hérité de la colonisation persiste tout comme l'exploitation des Indiens. La politique du pays est régie par les factions de l'oligarchie, basée à Guayaquil et à Quito. Cette opposition géographique souligne des modèles économiques et sociaux divergents. Cet antagonisme persistera tout au long du siècle et se caractérisera par des luttes de pouvoir et des conflits incessants. La dépendance économique du pays à l'égard des exportations agricoles est alors très forte. L'Equateur devient l'incarnation type du chaos politique et de l'instabilité qui affectent toute l'Amérique espagnole du XIXe siècle. Sur les 21 individus, ou juntes, qui occupent au total 34 fois la présidence du pays entre 1830 et 1895, seuls 6 complètent intégralement leur mandat.

Le XXe siècle

1895 marque la date de la prise du pouvoir d'Eloy Alfaro. Se revendiquant comme libéral, il va mettre en place des réformes juridico-politiques pour faire entrer le pays dans le monde moderne. Un vent de révolution libérale souffle alors sur l'Equateur, se traduisant entre autres par l'instauration de la paix civile et la séparation des pouvoirs entre l'Eglise et l'Etat. L'enseignement devient gratuit, le mariage civil et le divorce sont instaurés, les libertés individuelles garanties et la peine de mort abolie. Le pays devient le premier exportateur mondial de cacao. Une bourgeoisie naissante prend son essor. Pour autant, les libéraux sont renversés en juillet 1925 par de jeunes officiers militaires qui restaurent la domination des élites conservatrices de Quito. Le nouveau gouvernement, mené par le président Isidro Ayora, entérine des réformes, suggérées par une équipe de conseillers économiques étatsuniens, qui incluent entre autres la création d'une Banque centrale, d'un ministère du Travail et la révision du code du travail. Mais la crise de 1929 ébranle fortement l'économie. Dans les années qui suivent, le pays vit une de ses pires périodes d'instabilité. Entre 1931 et 1948, 21 gouvernements se suivent, aucun ne termine son mandat. Dictateurs, libéraux et conservateurs se succèdent, parfois seulement pour quelques jours. La stabilité politique ne revient qu'à partir de 1948, quand l'Equateur entre dans une nouvelle période d'expansion économique grâce à l'essor des exportations bananières. Fait rare, la période qui va de 1948 à 1960 voit trois présidences aller à leur terme. Néanmoins, les conflits internes et la récession déclenchent une nouvelle période d'instabilité dès 1961. Carlos Julio Arosemena est élu président. Issu des élites de la côte, il est vite attaqué par celles de Quito et par un interventionnisme étatsunien qui voient en lui un adorateur de la révolution cubaine. Son comportement n'est pas irréprochable : le président est parfois saoul et apprécie les excursions nocturnes dans des bars douteux où il arrive qu'il tire sur les serveurs ! Insulter l'ambassadeur des Etats-Unis sera son dernier fait d'armes, il est renversé dans la foulée par l'armée.

La guerre Equateur-Pérou

En 1941, le Pérou envahit l'Equateur. La guerre qui s'ensuit contraint finalement l'Equateur à signer en 1942 le protocole de Rio, qui fixe un nouveau tracé frontalier au profit du Pérou. Le pays perd 200 000 km2 de vaste territoire amazonien, et surtout son accès au fleuve Amazone. Au cours des années, des conflits mineurs éclatent sporadiquement sur la zone entre les belligérants. Le plus significatif a lieu en janvier 1995. Un accord de paix définitif est signé le 26 octobre 1998. Il accorde à l'Equateur un accès à l'Amazone et des aides économiques. En contrepartie, le pays doit abandonner toute revendication sur la zone.

La dictature militaire

De 1963 à 1979, l'Equateur va connaître deux juntes militaires distinctes. La première, jusqu'en 1966, prend des mesures fortes contre ce qu'elle assimile à une menace communiste et lance divers programmes de développement auxquels les Etats-Unis apportent une aide économique et militaire significative. En 1963, la Loi sur la réforme agraire voit le jour. Elle prévoit la redistribution des terres, ce qui irrite fortement les grands propriétaires fonciers. Le peuple est également déçu par les réformes mises en place. La junte renonce au pouvoir le 29 mai 1966. Dès 1972, une nouvelle junte place à la tête du pays le général Rodriguez Lara. Ce dernier mène un gouvernement « révolutionnaire et nationaliste » dont le but est de se réapproprier les ressources pétrolières, découvertes dans le pays par les compagnies étrangères. Il souhaite utiliser les revenus pour construire des infrastructures et financer des projets pour l'agriculture et l'industrie. Des dissensions au sein des forces armées mèneront pourtant à son remplacement. En 1975, un nouveau putsch le contraint à transférer le pouvoir à un Conseil de gouvernement qui le rend finalement aux mains de la société civile 3 ans plus tard.

Le retour à la démocratie

Depuis 1979, le pays a connu sa plus longue période de démocratie depuis l'indépendance. En 1979, Jaime Roldós est élu président sur son programme ambitieux : utiliser l'argent du pétrole pour promouvoir l'agriculture, relancer la production industrielle et mettre en place de grands travaux d'intérêt public. Mais la chute des prix du pétrole et une forte opposition du Congrès l'empêchent de mener à bien ses réformes. Sur la scène internationale, il se fera l'avocat des droits de l'Homme et des intérêts des pays du tiers-monde. Le 24 mai 1981, il trouve la mort dans un accident d'avion. Son vice-président, Oswaldo Hurtado, lui succède. Il forme une alliance avec le centre gauche du Congrès mais le fardeau de la dette extérieure du pays l'oblige à prendre des mesures impopulaires : baisse des dépenses publiques et augmentation des impôts. Son dauphin est battu par le candidat de droite León Febres Cordero lors des élections de 1984. Les tentatives de ce dernier de mettre en place une politique néolibérale échoueront à contrôler l'inflation et mettre fin à la récession mais seront la source de confrontations avec les étudiants et les travailleurs.

De 1992 à nos jours

Les élections de 1992 sont remportées par Sixto Durán Ballén. Il privatise un grand nombre d'entreprises étatiques et supprime des emplois du secteur public pour mettre en place un programme de modernisation économique visant à réduire l'inflation et accroître les réserves financières. S'ensuivent des manifestations et grèves qui culminent avec la victoire de l'opposition lors des élections de mi-mandat en mai 1994. En octobre 1996, un gigantesque scandale de corruption oblige le vice-président à fuir le pays. Au total, ce sont 23 ministres qui sont destitués ou qui démissionnent. Le début de l'an 2000, sous la présidence de Jamil Mahuad, est marqué par un soulèvement des communautés indigènes sans précédent. S'appuyant sur l'insurrection populaire, les syndicats et les militaires renversent le président, qui fuit le pays. L'état d'urgence dans le pays est maintes fois décrété. La dollarisation de l'économie est instaurée par son successeur, Gustavo Noboa, et le sucre, la monnaie nationale, abandonné pour le dollar.
Le 24 novembre 2002, Lucio Gutiérrez, ex-colonel putschiste, est élu président. Après avoir promis au peuple d'engager des réformes en faveur des plus pauvres et de s'opposer aux privatisations, il fait exactement le contraire. Une nouvelle fois, le peuple descend dans les rues de Quito. Le Congrès le destitue le 20 avril 2005. Alfredo Palacio, vice-président, prend sa succession. Il s'engage à ne pas signer le traité de libre-échange avec les Etats-Unis qui prévoit de faciliter l'accès des produits américains au marché équatorien. Pour autant, début 2006, il annonce être sur le point de le signer. La réaction des communautés indiennes est immédiate : de nombreuses manifestations ont lieu, des barrages bloquent les voies d'accès de plusieurs provinces. Le 22 mars, le gouvernement décrète l'état d'urgence dans 5 provinces qui passent sous contrôle militaire. L'armée ouvre le feu sur les manifestants. Les responsables des communautés indiennes décident alors la levée des blocages, s'engageant à continuer la lutte par d'autres moyens. Le traité n'est finalement pas signé.
Le 26 novembre 2006, Rafael Correa est élu. Dès son investiture le 15 janvier 2007, il promet « une révolution citoyenne » qui doit notamment se traduire par une lutte contre la corruption, un volontarisme social et par la refondation des institutions du pays. Au printemps, il affronte avec succès le Congrès et le pouvoir judiciaire pour convoquer une Assemblé constituante : son objectif sera de promulguer une nouvelle Constitution qui limitera le rôle des partis politiques, cause des maux, selon lui, de la société équatorienne.

Constitutions et révolutions

L'Equateur est souvent considéré comme le pays le plus politiquement instable du continent du fait de ses nombreuses Constitutions et fréquentes révolutions. Depuis 1830, le pays a ainsi connu 18 Constitutions sans véritable changement effectif pour la population. Malgré les nombreux, violents et inconstitutionnels changements de gouvernement, il est pour autant difficile de parler de révolutions, ces changements n'ayant en général que mené à un nouveau gouvernement et parfois une Constitution. Seules les révolutions de 1895 et 1925 méritent ce titre. La première vit le Parti radical libéral accéder au pouvoir, ce qui entraîna des changements sociaux, économiques et politiques majeurs. La seconde inversa la tendance, rendant le pouvoir aux Conservateurs.

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